Combien de fois ai-je lu et relu ce chapitre de Paul Géroudet, dans son recueil sur les Rapaces diurnes et nocturnes d'Europe.

"Qui connaît cet elfe minuscule et féroce, dont l'existence solitaire se cache au sein des vieilles forêts? Sa rencontre est l'affaire du hasard ou le fruit de longues recherches; seuls quelques initiés savent le découvrir quand il veut bien se faire entendre sur les marges de la nuit. Introuvable quand il se tait, c'est par sa voix qu'il nous met sur sa piste. C'est ainsi qu'un soir de juin, dans l'Oberland bernois, mon ami W. Thônen m'avait mené sur une éminence dominant les sapins d'une combe. Là, il se mit à égrener des appels sifflés et bientôt une réponse s'éleva au loin, de plus en plus assurée, plus proche. Tout à coup, elle retentit au dessus de nos têtes...La CHEVÊCHETTE était là, une miniature de chouette ".

Je viens de passer ma traditionnelle semaine dans le Haut-Doubs où j'espère rencontrer cet oiseau mythique depuis des années. En suivant les conseils de P. Géroudet et ceux de Daniel Rodrigues, dans l'excellent dossier nature : Chevêchette d'Europe du numéro 80 d'avril-juin 2015, de la revue Image&Nature et en respectant les consignes données par la LPO dans le cahier technique " Petites Chouettes de montagne";  j'ai enfin réalisé ce RÊVE.

Comme je n'avais qu'une semaine (réduite à 4 jours en fonction des chutes de neige) pour la repérer; je devais mettre tous les atouts de mon coté pour ne pas perdre de temps ou m'aventurer dans des secteurs non appropriés à la Chevêchette. Les difficultés de découverte de la chevêchette tiennent aussi bien à l’accès difficile des zones de présence de l’espèce dans les forêts d’altitude, qu’à sa discrétion et sa faible taille.

Avant de partir,

  • j'ai recherché sur carte, les vieilles forêts de conifères, froides et humides du secteur.
  • J'ai appris que fin février - début mars était la période propice aux premiers chants du mâle qui portent à 500m.
  • Qu'en cas de neige ou de vent fort, la Chevêchette ne chantera pas car son chant ne portera pas.
  • Que le mâle chante plutôt à l'aube et au crépuscule mais qu'il peut aussi se manifester en pleine journée.
  • Que les petits passereaux, proies fréquentes du rapace, alarment dès qu’ils entendent ou voient la Chevêchette
  • Que c'est un oiseau extrêmement discret qu'on ne peut pas voir si on ne le cherche pas, à moins d'avoir une chance inouïe.

    • Fort de ces renseignements, j'ai effectué 5 sorties dont 3 matinales et c'est lors de ma première que la rencontre s'est faite. Après 3 heures de "crapahutage", de repasse et d'écoute tous les 400m, j'ai enfin entendu ce petit "diu" monotone, répété toutes les demi-secondes; d'abord au loin puis, comme pour P. Géroudet, de plus en plus proche avant d'avoir cette vision, dans l'enchevêtrement des branches d'un conifère.
    • C'était elle !
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Comme toutes les chouettes nordiques, la Chevêchette se montre confiante envers l'homme, ce qui m'a permis de l'observer, debout près d'un arbre, pendant un bon quart d'heure.

La Chevêchette est la plus petite espèce de rapace nocturne d’Europe. Sa taille atteint celle d'un étourneau avec une longueur de 16 à 17cm pour le mâle et 18 à 19cm pour la femelle. Le plumage sur le dos est brun gris ponctué de blanc alors que la poitrine est blanchâtre avec de fines rayures verticales.

 

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Sa silhouette est ronde et ramassée et elle a l'air renfrognée avec sa tête rentrée dans les épaules. Les yeux jaune d'or sont surmontés de gros sourcils blancs qui lui donnent cette dureté dans le regard.

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Sa tête "carrée" caractérise son excitation après avoir entendu un rival.

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 Cette adorable boule de plumes est un redoutable tueur de passereaux et c'est pour cette raison qu'elle est toujours entourée d'oiseaux qui n'arrêtent pas de lancer des cris d'alarme à son encontre. Ils connaissent le danger et n'hésitent pas à la harceler, comme cette Mésange nonnette qui la frôle.

 

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Pendant les quelques minutes passées avec elle, ce sont surtout ces éventuelles proies qui attiraient son attention.

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et la faisaient changer de perchoir.

 

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sans se soucier du photographe comblé qui était à ses pieds.

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La Chevêchette est bien une relicte de l'ère glaciaire, qui avec le recul des glaciers et les réchauffements, ne survit plus que dans les forêts de résineux, sous un climat montagnard, comme elle le trouve encore dans les Alpes du nord, le Jura, les Vosges et le Massif Central. Étant un rapace discret vivant dans des lieux reculés, sa présence peut longtemps passer inaperçue. En France, on ne compte que quelques centaines de couples nicheurs.

Lors de mes autres sorties, j'ai encore détecté sur un autre secteur que j'avais sélectionné, un mâle qui a chanté au crépuscule puis le lendemain au lever du jour. Autant de raisons de revenir dans ce "pays" que j'adore depuis longtemps.

Je n'oublierai jamais cette rencontre qui justifie pleinement le titre de mon blog: Frissons Nature Photos.

J'espère que vous aussi vous  avez "frissonné" un peu...

Merci pour vos commentaires et à bientôt.